Par quel enchantement les travailleurs sont-ils devenus des opérateurs experts ? Sous le signe de la qualité totale, ateliers et bureaux sont saisis par le culte du savoir. Partout, des compétences sans précédent sont mobilisées. On ne parle plus d’exécuter des tâches, mais de résoudre des problèmes ou de gérer des situations. Lire la suite
Est-ce la crise qui embellit l’image du travail ? Il suffit de chercher des signes de connaissance pour en découvrir. Mais les obstacles traditionnels de la sociologie du travail ne sont pas surmontés pour autant. Il fallait passer au crible les pratiques de recherche pour le démontrer. Sur le terrain, rien ne permet de décider que le travail est objectivement plus complexe qu’avant. C’est toujours la valeur relative de chaque tâche qui lui donne son contenu et rend visible ou invisible un savoir.
Qu’est-ce qui permet, alors, d’entrevoir des compétences méconnues sur le marché du travail ? Le fameux trio "savoirs, savoir-faire et savoir-être", qui sert à profiler les emplois et les formations, doit beaucoup aux expériences d’intelligence artificielle. Une incursion dans les sciences cognitives s’impose. Et l’on découvre qu’elles participent à la production d’aptitudes particulières… sans parvenir à les expliquer.
Comment se différencient donc les compétences ? La seule manière de le comprendre consiste à suivre les épisodes dont elles résultent et qui méritent bien le nom de processus d’habilitation. Car le mot compétence est, finalement, bien plus riche que l’usage qu’on en fait. Il désigne à la fois le droit de connaître et la connaissance ainsi habilitée.
Au-delà de la critique incisive, le principal mérite de l’ouvrage réside dans la perspective qu’il ouvre aux sciences sociales. Ni la sociologie ni les agents sociaux n’ont plus à attendre une révélation venue d’ailleurs. Cette transgression des frontières entre disciplines intéressera forcément chaque spécialité impliquée. Elle s’adresse plus généralement à tous ceux qui doutent de la nature des savoir-faire.
Remerciements
Liste des sigles et abréviations
Introduction
Chapitre I. – La gestion de risques par les pratiques : hétéronomie et matrice de guerre à l'OTAN
Repenser l'OTAN par la perspective transnationale
Les configurations faibles de la gestion de risques à l'OTAN
Guerre et sécurité : les (re)qualifications de la violence organisée à l'OTAN
Première partie : Surveiller
Chapitre II. – Militariser la Méditerranée
L’activation « aux forceps » de l’article 5 du Traité de Washington
Suspecter, traquer, contrôler : vers un appareillage de surveillance tous
azimuts en Méditerranée
« L’oeil de Dieu » : normalisation militaire d’une action en article
et externalisation des ressources institutionnelles
Chapitre III. – L’improbable sécuritaire et son champ des possibles
Contre-terrorisme officiel, contrôle migratoire officieux : la diplomatie
face à ses contradictions
Collusions des luttes de positionnements militaires
Vers la surveillance permanente
Sécurité imaginée et violence silencieuse
Deuxième partie : Armer
Chapitre IV. – Fonctionnariat et diplomatie des armes
Conquête du Secrétariat international et séduction diplomatique
Crises de légitimité et restructuration des compromis entre diplomates
et fonctionnaires
Chapitre V. – Expertiser et vendre la guerre
Émergence et stabilisation d’une ingénierie militaire
D’ingénieurs et de psychologues : changements des règles
de production des savoirs experts
L’OTAN, le risque et son industrie
Autosuffisance technostratégique et mascarade mortuaire
Troisième partie: Conduire la guerre
Chapitre VI. – L’invention d’une stratégie alliée en Afghanistan
Les tribulations diplomatiques de l’approche globale
« Nettoyer » : l’articulation militaire des consignes diplomatiques
Chapitre VII. – Les horizons d’impatience de la violence préemptive
L’adoption de la contre-insurrection : libérer la violence de guerre
Professionnalisme radical et augmentation de la violence militaire
Conclusions générales
Bibliographie
Annexe – Note sur la composition institutionnelle de l’OTAN
Entrevue